Chroniques du CPE (5) : Un mouvement existe… ailleurs

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Dans la nuit du 8 au 9 février, malgré les 400 000 manifestants du 7 février, le gouvernement a voté le CPE en utilisant l’article 49-3, qui lui a permis d’éviter de voter les centaines d’amendements proposés par le PS. Après que Laurence Parisot, la présidente du Medef, ait déclaré que « la jeunesse est une maladie dont on guérit », c’est une nouvelle provocation. Tout le mouvement ouvrier s’insurge contre cette méthode antidémocratique… même le PS qui aujourd’hui pense à l’utiliser pour la loi El Khomri.

A Jussieu, une nouvelle assemblée générale a lieu le 14 février. Nous sommes cette fois 200 personnes. De quoi commencer une mobilisation plus solide. D’autant que la mobilise se renforce dans toutes les universités. Pendant le mois de février, c’est la moitié des universités qui se mettra petit à petit en grève. A Rennes, le 13 février, un appel a été voté.
« Nous, étudiants de Rennes, réunis à plus de 2400 en assemblée générale le lundi 13 février 2006, sommes déterminés à poursuivre jusqu’au bout le combat contre la loi sur l’Egalité des Chances (dont fait partie le CPE qui a été adopté en première lecture par les 73 députés présents) et le CNE.
Nous dénonçons une attaque sans précédent en direction des jeunes de moins de 26 ans et de tous les salariés de ce pays. Nous estimons que cette mesure constitue une précarisation inacceptable de nos conditions de travail, et un cadeau fiscal pour le patronat (par les exonérations de charges).
Nous étudiants de Rennes, refusons d’être une main d’œuvre corvéable et jetable. Nous exigeons le retrait pur et simple du CPE, l’abrogation du CNE et dénonçons les suppressions de postes aux concours de l’enseignement.
En ce sens, nous appelons l’ensemble de la jeunesse de ce pays à se mobiliser avec détermination, à nous rejoindre dans la grève et à poursuivre le combat jusqu’au bout.
Enfin, nous appelons l’ensemble des universités et lycées en grève ou mobilisés à une journée de manifestation décentralisée le jeudi 23 février 2006. »
Cet appel est dans les jours qui suivent soumis au vote de toutes les assemblées générales par la « majorité » de l’Unef. A Jussieu, le comité de mobilisation ne rassemble encore qu’une quinzaine de personnes, pratiquement toutes membres de l’Unef. C’est rageant : nous voudrions tellement suivre le rythme des universités les plus militantes. Nous voulons jouer un rôle dans la construction d’une mobilisation nationale, avec ses rythmes, ses revendications, ses choix politiques. Mais pour cela, il faut construire une légitimité.
Et, de fait, comme lors de la mobilisation de 2003, notre objectif est de tenir, pendant toute la durée de la mobilisation, de toute faire pour que Jussieu soit le plus mobilisée possible, même si cela reste symbolique. En 2003, à l’apogée de notre mobilisation, nous avions péniblement atteint 150 étudiants en assemblée générale, notre but était simplement de montrer aux universités réellement mobilisées que nous participions au mouvement. Cette fois, nous espérons un peu plus, mais il faut avouer que jamais nous ne pensions pouvoir bloquer le campus.
Cependant, l’appel de Rennes et l’appel à une coordination nationale le 18 février à Rennes vont donner un coup de fouet au mouvement et nous préparons une nouvelle AG en deux jours en espérons franchir un cap. Et, effectivement, nous y sommes parvenus. Nous avons prévu une tribune avec des militants syndiqués et d’autres non syndiqués, ce qui symbolisait la possibilité de la transcroissance de la mobilisation d’un mouvement de militants en un mouvement de masse. Julie, Rémy, Lélio, Nicolas et Clara s’y sont collés. Antonin dit « il faut dire des choses nouvelles aux gens ». Il est vrai que cela fait trois semaines que nous répétons la même chose dans les interventions en amphi, il faut montrer que les choses évoluent. Nos tracts deviendront donc des petits journaux du mouvements, qui raconteront ce qui s’est passé à Jussieu, mais aussi dans les autres villes, qui donne un visage vivant au mouvement.
Des argumentaires unitaires ont été préparés, des interventions préparées par les militants des différentes organisations. L’objectif est de donner de l’énergie aux participants à l’AG. En s’appuyant sur les 800 étudiants ayant voté la grève et le blocage à Toulouse-Le Mirail, les 10 000 manifestants à Rennes, les occupations de gares et de voies.
Pour nous mettre des battons dans les roues, la direction de l’université n’a pas mis d’amphi à notre disposition pour organiser l’AG. Mais, c’est le miracle des mouvements de masse, cela nous a facilité la tâche. Nous avons indiqué sur notre tract, comme lieu pour l’AG « amphi 44, à confirmer », car nous savions qu’Annie Lacroix-Riz tenait un cours dans cet amphi. Nous entrons donc à quelques dizaines.
- Bonjour, nous avons prévu d’organiser une assemblée générale aujourd’hui, contre le CPE, mais l’université ne nous a pas donné d’amphi. Nous vous proposons donc de transformer le cours en assemblée générale.
Annie Lacroix-Riz prend la parole :
- Je n’ai pas à vous dire ce que vous devez faire, c’est à vous de décider. Mais sachez qu’en ce qui me concerne, cela ne me pose pas de problème, je suis prêt à me plier à votre décision. Elle me semblerait tout à fait légitime, étant donné ce qui se passe dans le pays et les conséquences du CPE pour les jeunes, que vous en discutiez. Mais bien, c’est à vous de décider.
Tout est dit. Notre tribune commence l’AG. Nous sommes 350. Les arguments sont échangés, nous votons les appels de Rennes et de Toulouse, nous décidons « d’informer l’ensemble des étudiants » (ce n’est pas ce que nous faisons déjà depuis trois semaines ?), et nous décidons d’envoyer des délégués à la coordination nationale de Rennes.

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