La période altermondialiste (1) De Mumia à Nice

By Antoine, 29 décembre, 2021
Cortège de la LCR à Nice. Où était le journaliste qui a pris cette photo ?

Dans cette période difficile, nous avons tenté d’aller vers les quelques masses en mouvement. Après les mouvement lycéens, dans la jeunesse, nous avons repéré qu’il se passait quelque chose sur les questions dites « altermondialistes ».

Une certaine effervescence a eu lieu autour de Mumia Abu Jamal. Il devait être transféré pour être tué, et cela a relancé la mobilisation autour de lui. Nous avons participé aux manifestations et rassemblements, édité des autocollants, participé aux comités Mumia. Cela a permis de peser pour qu’il ne soit pas électrocuté. La mobilisation a ensuite périclité, et passait par des rassemblements hebdomadaires à la place de la Concorde, près de l’ambassade américaine, qui ont rassemblé de moins en moins de monde. Ces rassemblements avaient lieu le mardi soir et il arrivait que nous y allions avant d’aller au bureau de ville, pour croiser nos contacts lycéens, qui participaient souvent à ces rassemblement. C’est je crois à cette époque que de jeunes camarades ont constitué Fraternité internationaliste, un groupe de discussion par Internet, et dans lequel ils discutaient de la politique des JCR.

Dans cette période, nous avons eu diverses acticités de ce type, très ponctuelles. Nous avons ainsi participé aux mobilisations contre Haider, avec quelques manifestations, autocollants, rassemblements, collectifs. Dans toutes ces mobilisations, nous avons croisé de plus en plus régulièrement les militants de Speb, qui cherchaient eu aussi, dans cette période difficile, un terrain pour rencontrer des jeunes qui se mobilisaient.

Fin juin 2000, un grand rassemblement était en préparation pour soutenir José Bové, qui passait en procès pour avoir « démonté » le restaurant Mc Donald’s de Millau. Nous avons commencé à préparer cet événement plusieurs mois auparavant, puisque nous y voyions une possibilité de mobilisation de masse dans la jeunesse, et éventuellement, la réalisation de notre Seattle, en référence à la mobilisation qui avait eu lieu quelques mois plus tôt, contre le sommet de l’OMC (à vérifier), et qui avait vu la mobilisation de millier de jeunes et de salariés. Nous avons à nouveau imprimé tracts, autocollants et un RED « spécial Millau ». Nous expliquions en quoi consiste la mondialisation et la nécessité de changer de société et d’intervenir dans les mobilisations quotidiennes.

Nous nous sommes retrouvés à Millau dans un gigantesque endroit, avec des dizaines de milliers de personnes, et quelques dizaines de militants peu organisés pour intervenir. Les militants de Speb, groupe trotskiste que nous détestions car il nous faisait concurrence, et qui a depuis intégré la LCR organisaient plusieurs tables pour vendre leurs T-shirts et faire adhérer des jeunes à leur groupes. De notre côté, nous avons organisé notre table, que nous avions soigneusement réservé, et nous avons organisé une petite manifestation pour aller à la prise de parole de José Bové, à laquelle nous n’avons d’ailleurs pratiquement rien entendu. La soirée arrivait et nous avons continué à distribuer des tracts par milliers, jusqu’au moment du concert. Lors de ce concert, j’ai découvert (probablement 10 ans après tous les jeunes qui n’avaient pas passé leur jeunesse à Argenteuil) Noir désir, qui a électrisé Millau, après les bonnes prestations de Francis Cabrel et Zebda.

Après le concert, nous avons entrepris de nous installer quelque part. La pluie commençait à tomber pendant que nous traversions le pont qui menait dans la ville. Sophie, Juliette et moi avons monté une tente près de la rivière pour passer la nuit. En nous levant, le lendemain matin, nous cherchions les camarades dans les rues de Millau. Nous avons trouvé Karel et Silvère (était-ce Anthony plutôt ?) qui sortaient la tête de leur duvet, protégés de la pluie par la corniche d’un immeuble. Nous sommes rentrés dans la journée, bien fatigués.

Lors du congrès de la LCR, les JCR de la région parisienne se sont occupés du buffet et ont fait un bénéfice de 15 000 francs. La moitié a été investie dans un autocar pour la « marche mondiale des femmes de l’an 2000 » à Bruxelles. Notre réflexion était simplement que, pour une fois, nous avions l’occasion d’avoir une activité féministe, dans une période où il fallait saisir toutes les occasions, qui étaient peu nombreuses, pour proposer des activités militantes. Nous avons proposé notre car à tous les courants que nous côtoyions à l’époque, en particulier à Sud étudiant. Nous avons donc été, en partie par hasard, en partie par notre audace, très tôt investis dans les mobilisations altermondialistes. Nous avons au passage réalisé une partie du rêve qu’Adrien et moi avions formulé à Amsterdam de rencontrer nos camarades dans des mobilisations internationales. A Bruxelles, la manifestation était très petite, le cortège de la IVe Internationale encore plus, mais nous étions fiers d’être un pas en avant de la LCR sur une échéance qui nous paraissait juste, et de donner confiance aux camarades femmes qui avaient souvent l’impression de prêcher dans le désert sur les question féministes. Il faut dire qu’en dix ans, nous avons eu très peu d’occasions de construire des mobilisations féministes.

Image retirée.
Cortège de la LCR à Nice.
Où était le journaliste qui a pris cette photo ?

L’étape suivant était à Nice, à la fin de l’année. Nous avons organisé un autocar pour mobiliser pour cette échéance, qui a obtenu la Une du journal du mois précédent. Nous avons participé à là-bas à la grande manifestation unitaire, avant de participer, le lendemain, à la manifestation plus offensive, qui visait à empêcher le sommet de Nice de se tenir. C’est lors de ce sommet qu’a été signé par Jospin et les chefs d’Etat de l’Union européenne la libéralisation des services publics, en particulier de La Poste. La manifestation devait donc s’introduire à travers le cordon de CRS. Nous nous sommes levés très tôt, vers six heures je crois, pour organiser cette manifestation. Divers groupes se partageaient des rues, tandis que la LCR (et donc les JCR), de même qu’Attac, devait s’occuper seule d’une rue. On raconte qu’Attac et les groupes anglais (notamment le SWP) ont vécu des heures difficiles, en particulier Attac, qui a été énormément gazé mais n’avait pas un service d’ordre solide, puisque ses éléments les plus expérimentés étaient les militants de la LCR, mobilisés pour le cortège de la LCR. Nous avons avancé en chaînes, les keffiehs pleins de citron, extrêmement organisés par la « commission technique », en lançant des slogans, rapidement dans un déluge de gaz lacrymogènes et face à des CRS extrêmement nombreux. A cela s’ajoute le fait que les rues de Nice sont pour l’essentiel de petites rues, dans lesquelles il n’est pas facile de manœuvrer mais dans lesquelles on peut se déplacer rapidement pour contourner des cordons. C’est à ce sommet qu’Olivier Besancenot s’est fait casser le bras, en soulevant une barrière anti-émeute, d’un coup de matraque. Une goupille de grenade lacrymogène m’est tombée droit sur les lunettes, à fait sauter un des verres, que nous avons cherché, je crois avec Penny et Thomas. Je me suis éloigné. Pendant ce temps, le cortège a réussi à forcer le passage à un endroit, débouchant sur le capitole, où se tenait le sommet. Les CRS ont réussi à refermer le ligne à la dernière seconde. Heureusement, sans doute, car une fois sur la place, les camarades se seraient sans doute fait massacrer… Mais quelle victoire morale d’avoir réussi à aller aussi loin et, paraît-il d’avoir suffisamment occupé les CRS pour que les autres cortèges ne se fassent pas trop massacrer de leur côté.

Les leçons de ce sommet sont diverses : l’organisation d’un autocar plein à craquer, la descente du matériel en camionnette (par Gaël, Cécile et Jérôme me semble-t-il), l’organisation d’un cortège ouvert un jour et offensif le deuxième. Mais surtout, nous avons commencé à expérimenter les batailles politiques de ce type de mobilisation. Une assemblée générale s’est tenue entre les militants venus de Paris, le soir précédant la manifestation offensive. Dans cette assemblée générale, nous avons proposé d’aller dans le cortège de la LCR, en argumentant que celui-ci était le plus solide pour participer à ce type de manifestations. Pendant ce temps, des militants de Speb et des camarades de notre courant argumentaient pour participer au cortège d’Attac, qui allait lancer, symboliquement, des ballons au dessus des barrages de CRS pour montrer qu’on voulaient empêcher le sommet de se tenir, et organiserait un cortège plus festif. Le résultat a été qu’Attac s’est largement fait gazer, sans proposer une orientation offensive. Il faut dire que les lacrymogènes ont été tellement puissants qu’il paraît que le sommet a été interrompu parce que des gaz s’introduisaient dans les aérations du capitole…

Cette discussion a été une des premières d’une longue série mêlant différents paramètres. Il s’agit de construire un savant équilibre entre front unique, défense d’une politique offensive, rapports avec des groupes plus radicaux, apparition propre, construction de cadres unitaires plus ou moins larges sur la durée, divergences avec d’autres courants réformistes mais aussi entre révolutionnaires. Nous avons affronté ces débats avec plus ou moins de succès selon les moments. Nous avons eu plusieurs lignes directrices : nous cherchions à construire des mobilisations les plus larges possibles, en intervenant y compris dans les syndicats pour qu’ils construisent ces mobilisations, et en étant favorables à des manifestations de masse. Nous proposions dans le même temps des actions plus radicales : des manifestations plus offensives, et la participation à des pôles radicaux, du type « red bloc », en référence au « black bloc » qui s’était constitué et essayait d’apparaître comme une référence.

Cette orientation s’est constituée petit à petit et a souffert de diverses difficultés : en effet, dans chaque échéance, il fallait estimer ce qui était possible, quel était l’enjeu de l’échéance et donc quelle devait être la base politique du « red bloc » ou de son équivalent, il fallait encore se confronter en externe et en interne à des oppositions à ses orientations. C’est cette orientation qui nous a poussé à proposer, à Nice, de participer au cortège de la LCR (et de la IVe Internationale, puisque quelques camarades étaient venus d’autres pays).

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