Le syndicalisme par la réunification syndicale > Le contexte

By Antoine, 29 décembre, 2021

« Vaste programme », comme disait le Général De Gaulle… On peut considérer qu’il s’agit du travail d’un an. Un an de batailles, dont je ne suis sans doute pas capable de retranscrire l’ensemble des enjeux, en particulier pour ce qui concerne le début. La réunification entre l’Unef et l’Unef-ID est une vieille discussion, qui s’est accélérée après les élections aux CROUS et au CNOUS de 1999, dans lesquelles l’Unef a réalisé des scores pathétiques. De ce fait, elle était de moins en moins considérée comme une organisation nationale. A la vérité, la direction de l’Unef, proche (le mot est faible) de la direction du PCF et de l’UEC, n’était plus capable de construire une organisation avec une implantation un peu sérieuse. Les réunions du collectif national, qui se déroulaient à Nanterre, réunissaient une trentaine de militants, donc une quinzaine de membres du bureau national. Le local, rue Edouard Pailleron, qui devait être prêté par la FSU, l’Unef étant bien incapable de payer un loyer, était dans un état de déliquescence avancé. Bouteilles de bières ou de vin rouge, boîtes de pizzas usagées, salles vides de personnes mais remplies de tracts périmés et d’archives. Le grand jeu, en passant au BN, était de tenter de voler des cartouches d’encre pour le duplicopieur et des ramettes de papier sans se faire voir, et d’essayer de récupérer quelques affiches et quelques autocollants encore utilisables. Il faut reconnaître, cependant, que l’Unef avait encore quelques équipes solides, très indépendantes, et c’est probablement ce qui leur permettait de survivre, de la direction nationale, qui survivait sous perfusion du PCF. De son côté, la direction de l’Unef-ID, proche (là encore le mot est faible) de la Gauche socialiste alors dirigée par Julien Dray, Jean-Luc Mélenchon et Gérard Filoche, accumulait des succès importants, notamment sur le plan électoral et sur le plan du recrutement. Elle s’appuyait, fait-il le dire, sur la présence du PS au gouvernement tout en paraissant critique et revendicative sur quelques points. Elle construisait en réalité un appareil démesuré par rapport à son poids réel, qui n’était pas si différent de celui de l’Unef. Mais par un fonctionnement beaucoup plus centralisé, de grands événements militants (les collectifs nationaux, les congrès, les États généraux), par des dépenses considérables en voyages des cadres et pour les élections, elle se renforçait en s’appuyant sur son appareil, lui-même directement appuyé sur l’appareil d’État. La direction de l’Unef-ID souhaitait la réunification pour une raison : effacer la principale organisation concurrente parce qu’elle possédait le nom historique, en récupérant ce nom.

A l’intérieur de l’Unef, une opposition existait, qui avait été solide autour de 1995. Elle s’appuyait sur les AGE de Jussieu et Tolbiac et, politiquement, sur les JCR et sur des militants oppositionnels dans le PC, non staliniens.. Les militants de « l’Oppo » de Tolbiac ont exclus et ont rejoint Sud-étudiant après 1995, et l’AGE de Jussieu est restée l’une des seules de l’opposition et a vécu en autarcie pendant plusieurs années, appuyée sur sa coopérative et ses élus. A Nanterre, l’oppo était relativement forte sur le plan militant, même si elle était minoritaire. D’autres militants étaient liés à l’Oppo. De mouvance stalinienne principalement (on raconte qu’au congrès, à Lille, des militants montraient des portraits de Staline en expliquant que « l’Unef, c’est ça »), et de pro-albanais, ils ont commencé à se structurer dans l’Unef lorsque l’Oppo a commencé à péricliter, en lien avec leur structuration à l’intérieur du PC, notamment autour de la Coordination communiste. Alors que l’AGE de Jussieu ne participait plus aux Collectifs nationaux, puisqu’elle s’y retrouvait très seule, cette opposition stalinienne a commencé à se battre dans l’Unef contre la direction… et contre la réunification avec l’Unef-ID.

Dans l’Unef-ID, cohabitaient plus ou moins facilement plusieurs tendances. Il y avait bien sûr la Majorité nationale, proche de la Gauche socialiste. Elle était dirigée par un mélange entre des descendants des lambertistes, des anciens de la LCR et des militants qui n’avaient connu que le PS. On retiendra Carine Seiler, Xavier Vuillaume, Alexandre Thibaut, Blaise Lechevalier, Céline Martinez… Il y avait la Tendance Égalité, qui venait de quitter la Majorité nationale. Elle était dirigée par la Nouvelle gauche, des ex-rocardiens (qu’on appelait donc « les rocardiens » ou, plus affectueusement, les « rocky »). Celle-ci était dirigée par Michaël Delafosse, ancien président de l’UNL, futur président de la LMDE, David Lebon, Anne-Lise Baral, Anaïs ?... Il y avait aussi S’entraider, tendance proche de Jean-Christophe Cambadelis et de Philippe Campinchi, appelés donc les cambas, dirigés par Sébastien Couderc et Sandrine Martin. Il y avait encore la TEPAS, proche de la direction de la CFDT, dirigée par Julie Coudry et Grégory Martin. Et, enfin, il y avait la TUD, proche des JCR, dirigée par Thierry Guintran, Karel Yon et Marie-Pierre Thoubans.

La direction de l’Unef comprenait que sa survie n’était plus qu’une question de mois, puisqu’elle était au bord de l’asphyxie, de plus en plus faible et attaquée par l’opposition stalinienne. La situation s’est donc accélérée, pendant l’année scolaire 1999-2000, et un agenda pour la réunification a même été adopté. Elle devait se dérouler en décembre 2000, avec l’Unef-ID, l’Unef et diverses associations. Des comités de liaison paritaires devaient être mis en place pour organiser la réunification, une campagne de rentrée commune entre l’Unef et l’Unef-ID devait être lancée. La direction de la TUD a lancé, dans le même temps, en s’appuyant sur les réseaux de la TUD et des JCR, dans l’Unef-ID, dans l’Unef et dans Sud-étudiant, l’appel « Tous ensemble, réussir la réunification pour refonder le mouvement étudiant ». Cet appel, qui a débouché sur la construction du Collectif Tous ensemble, visait à structurer l’intervention de la gauche syndicale dans le processus, à peser sur le contenu de la réunification, et à exercer une pression sur les directions de l’Unef et de l’Unef-ID pour qu’elles aillent jusqu’au bout de la réunification. Tout semblait aller pour le mieux, la réunification semblait avancer petit à petit. Mais, en réalité, rien n’était prêt, aucun échelon de ce processus n’était prêt, à part, sans doute, la TUD, dont la réunification était sans doute une raison de vivre, celle-ci étant très marginalisée dans l’Unef-ID, en raison de son incapacité (car elle était étouffée par la direction de l’Unef-ID) à s’implanter sur Paris et dans les villes qui pèsent le plus dans le mouvement étudiant.

Étiquettes

Commentaires