La bataille dans l’Unef

By Antoine, 29 décembre, 2021

Nous avons donc commencé une activité de plus ne plus solide sur les universités. Le terme « les universités » est un peu exagéré, puisqu’il s’agissait quasi exclusivement de Jussieu et Nanterre. Sur Nanterre, Gaël a mené cette activité en entraînant, petit à petit, autour de lui, les jeunes militants des JCR (il y avait uniquement des jeunes militants), puis les militants et réseaux syndicaux, puis les militants des autres courants : dans cette période, la plupart des militants présents au quotidien dans l’Unef-ID a rejoint l’Unef… Ce qui donnait à notre courant dans l’Unef un profil particulier. Il y avait une jeune qui tenait la MDE de l’Unef-ID, un étudiant en droit qui devenait maître-chien, par exemple. Face à cela, la direction de l’Unef-ID alignait Atchoum, Pikatchou, Frankenstein, selon les surnoms que leur ont donnés les camarades. Ayant compris que le nombre de cartes d’adhérents serait important, nous réalisions ce que nous n’avions pas fait sérieusement depuis des années : nous consignions la liste des contacts et anciens adhérents et les rappelions, petit à petit, pour leur proposer de se syndiquer. Nous avons alors compris que, au-delà des principes, faire payer cent francs un étudiant pour qu’il se syndique, ce n’est pas simple.

A Jussieu, nous reconstruisions quasiment à partir de rien. Les militants historiques étaient sur leur fin de vie de militants dans la jeunesse, étaient fatigués, et n’étaient d’aucun secours. Karel, qui était de la même tendance (enfin, à ce que je pensais à l’époque, puisque les choses étaient plus compliquées), m’a dit un jour : « mais, B***, U***, ils font quelques choses, une fois de temps en temps ? » et je ne pu que répondre négativement. J’ai donc dû, du haut de mes vingt ans et de mes six mois d’expérience syndicale, organiser le travail sur Jussieu et une grande partie du travail national, dirigé par Gaël. Nous avons privilégié le travail sur Paris 7 au travail sur Paris 6, même si, pendant que Jérome participait aux CLP à Paris 7, avec Guillaume Jourot et les militants de l’Unef-ID (et bien entendu nos camarades), je participais aux réunions de CLP à Paris 6. Celui-ci avait un visage étrange, bien représentatif de l’Unef-ID et de l’Unef actuelle. L’activité à Paris 6 était intégralement prise en charge par la tendance S’entraider, Julien Richard tenant lieu de président d’AGE. Il s’appuyait sur le travail réalisé par S’entraider à Paris 7 pour construire à Paris 6. Avec lui militaient plusieurs jeunes, dont une certaine Sybeth N’Diaye, future dirigeante nationale de la TRS.

Mais, l’AGE était la "propriété" de la Majorité nationale. Les CLP se déroulaient donc avec les militants de Paris 6 de l’Unef-ID (tous de S’entraider) et leur suivi du Bureau national, Raphaël Chambon, qui semblait étonné des discussions que nous avions, des possibilités que nous avions de travailler ensemble et d’envisager la réunification, malgré les oppositions politiques très importantes qui existaient entre S’entraider et nous.

Nous avons organisé ce travail en parallèle de la préparation du congrès de l’Unef, dans lequel nous espérions gagner la marche vers la réunification. Mes souvenirs se brouillent mais les éléments fondamentaux peuvent être racontés. A Jussieu, le congrès a été heureusement organisé par les anciens, notamment Alex, car il s’agissait du premier congrès auquel Jérôme et moi participions très sérieusement. Le jour du vote, nous avons eu le plaisir de voir arriver « Stal Ingrid », étudiante en psychologie à Paris 7, membre du BN, et Cécile Cukeirman, suivie du BN. Comme ça, à deux, elles devaient être plus en confiance pour se rendre au congrès de Jussieu. Nous étions très majoritaires, malgré notre faiblesse et avons voté force motions et textes allant dans le sens de la réunification, du principe « un homme, une voix, un mandat », les mobilisations, la démocratie, etc. Au moment de l’élection des délégués, Ingrid s’est proposé pour en être. Alexandre lui a indiqué qu’en soit, elle n’avait pas tellement de raison d’être déléguée plutôt que quelqu’un d’autre, voire moins puisqu’on la voyait moins que d’autres, à moins qu’elle considère faire partie d’une sensibilité, voire d’une tendance particulière qui demande à être représentée dans la délégation. Ingrid a préféré ne pas être élue délégués plutôt que reconnaître qu’il fallait représenter différentes orientations dans le syndicat…

A Nanterre, les camarades ont enfin réussi à devenir majoritaires, pour quelques mois. Pourtant, la direction UEC était capable d’aligner de nombreux militants pour le jour du vote, mais les camarades ont réussi à prendre la direction de l’AGE. Cela a donné lieu à une confusion très importante, à telle point que les camarades ont été conduits à élire comme présidente d’AGE la Léa qui m’avait intimidé quand j’étais lycéen, partisane de ne pas participer à la réunification pour rejoindre Sud-étudiants (elle venait elle-même de Sud Paris 1), future fabiusienne ! Julien Dutripont, un militant que le travail de maître d’arme a éloigné petit à petit de l’activité militante, a été désigné secrétaire général.

Le congrès a été extrêmement tendu. Il faut dire que la direction de l’Unef-ID ne nous avait pas facilité la tâche : la campagne de rentrée était prévue en commun entre l’Unef et l’Unef-ID, sous le slogan « rien d’ambitieux et pourtant tout est possible ». On y voit la marque de la présence de la gauche au pouvoir, et cet orientation acritique n’était pas de notre goût et de celui de l’opposition stalinienne. Ce qui était encore moins du goût de cette opposition, et qui était la touche de mesquinerie de la direction de l’Unef-ID, c’est que l’on trouvait sur ce tract une photographie de manifestation où l’on distinguait un cortège étudiant mené par Carine Seiler, présidente d’AGE, et que les logos de l’Unef et de l’Unef-ID étaient « de la même taille », comme prévu par un accord entre les deux organisations… mais de même taille signifiait apparemment « de même hauteur », sachant que le logo de l’Unef-ID est sans doute trois fois plus large que celui de l’Unef.

La discussion s’est donc engagé sur des bases hautement politiques, aidée en cela par les magouilles de la direction de l’Unef. Pour le congrès, celle-ci disposait de 50 délégués pour Paris 8, puisqu’il y avait officiellement 1200 adhérents à l’Unef Paris. Julien, qui a vu les cartes quelques mois plus tard, nous a décrit environ 600 cartes, dont une bonne partie avaient pour adresse personnelle l’adresse de la maintenance de la machine à café de la cafétéria de Paris 8. Comme l’Unef ne disposait pas de 1200 voix aux élections universitaires à St Denis, un militant oppositionnel a demandé des explications et Magali Chastagnier a expliqué avec son doux accent du Sud que « lorsqu’on a beaucoup d’adhérents, on retrouve chez les adhérents le même débat que chez les autres étudiants sur l’utilité d’aller voter aux élections universitaires ».

L’opposition stalinienne a réussi à polariser autour d’elle de nombreuses équipes de l’UEC, notamment les militants de Bordeaux et, sous cette pression, la direction a décidé de reculer sur la réunification. Déjà, au précédent congrès, en 1999, la direction avait voté une motion refusant « toute forme de réunification », pour empêcher l’opposition stalinienne de gagner en influence. Cette fois, nous parvenons à regrouper autour de nous les militants de Nantes, dont Manuel Canevet, président de l’AGE, Sophie Binet (future vice-présidente de l’Unef réunifiée), Edith Nicol, Romain Bessonnet et quelques autres. Nous avons vécu des mois intenses avec ces militants, contre la direction de l’Unef et de l’Unef-ID, pour la réunification. Bien naïfs, nous ne devinions pas que le ver était déjà dans le fruit qu’était cette équipe. La direction a donc fait capoter le processus de réunification prévu en décembre, qui a été transformé par la suite en Etats généraux du mouvement étudiant. D’autre part, elle a refusé que la direction soit réélue, sentant bien que le moment de l’élection serait un moment délicat, au cas où se formerait contre elle une alliance entre les ultra-staliniens et nous.

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