Premières expériences, au collège

By Antoine, 29 décembre, 2021

Le collège Albert Camus était un petit collège de banlieue rouge, c’était avant que le PCF perdent la mairie d’Argenteuil. Notre quotidien était lié à nos cours, aux séries télévisées d’AB Production, mais aussi aux petits problèmes quotidiens de la banlieue : le racisme, le FN, la pauvreté, de la situation en Algérie. Nous discutions de ces problèmes, des mobilisations sur le CIP, de la gauche, du rôle du patronat, avec des amis oubliés.

Mon quotidien a été percuté une première fois par la mobilisation pour la sauvegarde du collège, menacé de fermeture parce qu’il était trop petit. Justement, c’était sa petite taille qui le rendait humain dans cette banlieue difficile et permettait à des jeunes de faire une scolarité dans un milieu plus facile que les grandes usines à collégiens et lycéens. Mon père dirigeait la FCPE avec d’autres militants de gauche. Une mobilisation des parents et des enseignants a permis d’obtenir la reconstruction du collège plutôt que sa fermeture, reconstruction qui s’est achevée bien des années plus tard.
Cette bataille rendait logique mon investissement militant, au-delà des kilogrammes de livres politiques entassés sur les étagères chez mes parents et les discussions régulières avec des amis ou entre eux sur la situation politique, le vendeur de Lutte ouvrière qui discutait une heure chaque semaine et les amis militants à la LCR ? Nous étions bercé par les discussions sur le mouvement ouvrier, ce qu’était Mitterrand (son passé, sa politique actuelle), le PCF, la CGT, l’extrême gauche, mais nous rentrions désormais dans l’activité militante réelle, une bataille qu’il fallait gagner, et dans laquelle il fallait mobiliser, trouver des alliés, nous avions des adversaires et des interlocuteurs.

La manifestation contre la réforme de la loi Falloux est un souvenirs des plus marquants : dans cette période où il existait peu de mobilisations, cette manifestation, qui a regroupé apparemment un million de personnes, apparaissait comme un événement exceptionnel, un sursaut du mouvement ouvrier (ou de la gauche). J’ai défilé avec mes parents, qui retrouvaient, plus encore qu’aux autres manifestations, des dizaines de vieux amis militants. J’avais souvent été à des manifestations avec mes parents, dans le cortège de la LCR ou de Lutte ouvrière (« pour pouvoir chanter l’Internationale »). Mais cette manifestation dégageait une puissance sans égal. Je ressentais je pense pour la première fois ce que peut être la force du mouvement ouvrier.
La mobilisation sur le CIP a été un premier acte militant dans lequel je me suis senti impliqué : ma sœur participait à la mobilisation et j’ai du expliquer à mes copains du collège ce qui se passait, soutenir, convaincre.

Pendant ce temps, ma sœur Alice rencontrait les JCR. Elle rentra un jour à la maison, après avoir acheté leur journal. Stupeur, ce n’était pas le même que celui qu’elle avait acheté la semaine précédente : elle a découvert que la LCR n’avait pas une organisation de jeunesse, mais deux, les JCR-Egalité sociale et les RED, avec leurs journaux, l’Egalité sociale et Autre chose. Une discussion eut lieu sur cette question dans une voiture, en rentrant probablement d’une activité de soutien aux sans-papiers. Omar Slaouti expliqua à ma sœur les raisons de la scission, le processus de réunification. Nous ne comprenions pas grand-chose à ces querelles qui nous paraissaient loin de l’activité nécessaire, ne serait-ce que parce que ces querelles se déroulaient à Paris, une ville inaccessible pour nos jambes de collégien et de lycéenne.

Ma sœur puis moi nous orientons petit à petit vers l’activité militante, vers l’extrême gauche. Nous allions vers la LCR et les JCR, qui correspondaient mieux à notre façon de concevoir la politique (travail de masse, facilité de discussion…), tout en étant proche des critiques que faisait LO sur la LCR et en appréciant son travail dans la classe ouvrière industrielle.

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