Le congrès de réunification (1) La préparation du congrès

By Antoine, 29 décembre, 2021

Le processus était donc relancé. Mais la direction de l’Unef a à nouveau reculé : elle n’a jamais accepté, dans le cadre des CLP, les conditions de la direction de l’Unef-ID. Nous avons, de notre côté, poursuivi la bataille jusqu’au bout. Nous avons considéré que, dans tous les cas, la réunification était inéluctable et que la meilleure façon de forcer la direction de l’Unef à la réunification était de s’engager dans cette première phase. Elle verrait alors bien plus concrètement la menace d’être abandonnée avec l’opposition stalinienne et de devoir se débrouiller seule face à elle. Nous nous sommes engagés dans le « Congrès de l’Unef pour le rassemblement », que la direction de l’Unef-ID a modifié de plus en plus en congrès classique de l’Unef-ID. Mais les forces en jeu dépassaient ce cadre, qu’elle le veuille ou non.

Chaque groupe s’est lancé dans la recherche de centaines ou de milliers d’adhérents à faire voter au congrès. Nous n’étions pas habitués à ce petit jeu et nous étions absorbés depuis le début de l’année par les batailles internes à l’Unef (et à Sud). Nous avons donc obtenu un délai de trois semaines pour utiliser des coupons spéciaux de participation au « congrès de l’Unef pour le rassemblement » : ces coupons pouvaient être utilisés par tous les groupes qui n’appartenaient pas à l’Unef-ID pour participer au congrès, les adhérents de celle-ci ayant déjà réglé la question en adhérant. Pour refuser le report de la centralisation des cartes, la direction de l’Unef-ID a argumenté sur la nécessité de faire imprimer les textes de congrès, de les envoyer aux adhérents, et que tout cela prenait du temps. Gaël a contesté les délais d’impression qu’elle prenait en considération et a proposé les services de l’imprimerie Rotographie, dont nous savions qu’elle avait des délais bien plus raccourcis… La discussion a duré plus près d’une demi-heure sur le choix de l’imprimerie, où nous insistions pour utiliser une imprimerie plus rapide, tandis que la direction refusait sans argument, déstabilisée par l’audace de cette proposition, inenvisageable dans son système bureaucratique… Au final, la date de centralisation a été reportée, mais le nombre d’adhérents sur ces coupons a été limité à Jussieu, Paris 10 et Nantes.

Les coupons ont été utilisés pour faire adhérer au processus les militants que nous avions autour de nous, qu’ils aient adhéré à l’Unef ou pas encore. Nous avons fait le tour de tous nos réseaux sur Jussieu et Nanterre, puis ailleurs. Ces réseaux étaient affaiblis par des années de dilettantisme. Puis nous avons entamé nos recherches en direction des autres universités : Paris 1, Paris 3, etc., l’IEP, Marne-la-Vallée, puis la province. Nos cahiers militants étaient remplis de tableau avec des noms de villes et de militants étudiants et nous avons passé des heures et des heures à leur téléphoner pour les convaincre d’adhérer au processus seuls ou avec quelques militants autour d’eux. Nous avons rarement organisé une campagne de syndicalisation aussi offensive et prolongée. Nous avons fait adhérer des étudiants dans des villes improbables, avec lesquels les contacts étaient rompus depuis l’éclatement de l’Oppo. Une bonne partie de ces cartes étaient faites par téléphone, les militants nous envoyant des chèques par la Poste, puisqu’il n’était pas toujours possible pour eux de prendre contact avec les militants de l’Unef-ID sur place. Les 200 cartes de Nantes avaient été réalisées trop tard pour être apportées à Paris. Nous avons reçu la veille, par fax, des listes d’adhérents que nous recopiions sur les cartes. Cela nous a pris des heures pour copier les nom, prénom, adresse, téléphone, mutuelle, filière, niveau… Nous avons aussi pu augmenter légèrement le nombre d’adhérents dans quelques AGE de l’Unef-ID dirigées parla TUD.

Parallèlement, de grandes manœuvres étaient en cours : à Nancy, une association de 400 étudiants handicapés, « Comme sur des roulettes », a adhéré au processus, par l’intermédiaire de la Majorité nationale (alors que l’AGE était dirigée par la TE). A Montpellier, 250 étudiants ont adhéré par le biais d’une autre association.

Le jour de la centralisation, nous sommes venus avec notre sac de cartes et notre chéquier. Nous avons centralisé pour plusieurs milliers de francs de cartes. En sortant du bureau où se déroulait la centralisation, nous nous sommes assis dans un couloir et nous avons vu Brice E., membre de l’Unef Orsay, dans le bureau de Carine Seiler. Ce militant était membre de Socialisme par en Bas et, dans la discussion sur la réunification, après avoir tergiversé, il n’avait pas rejoint le courant que nous avions constitué avec Nantes, à la fois opposé à la direction et favorable à la réunification et à la participation au congrès de mai. Notre surprise a été donc été importante de le voir discuter pendant une demi heure dans ce bureau et ressortir avec un sourire gêné. Il avait apparemment négocié sa participation au congrès contre la présidence de l’AGE de Paris 11, qui n’existait pas à l’Unef-ID. Cet épisode a contribué à notre sectarisme vis-à-vis de Speb pour quelques années.

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