Le congrès de réunification (3) Les congrès locaux

By Antoine, 29 décembre, 2021

La boucherie a commencé à ce moment. Les congrès de Jussieu, Paris 6 et Paris 7, se sont déroulés sans réelle tension, puisqu’il s’agissait essentiellement pour nous de reconstruire une activité syndicale, et donc de faire quelques voix. Nous avons totalisé une petite vingtaine de voix sur Paris 6 et une trentaine sur Paris 7, où nous avons donc représenté dès ce moment une importante minorité. Avec l’aide de militants de la TUD, en particulier Renaud de Nancy, nous avons monté une table devant le bureau de vote pour accrocher les adhérents, mais sans grand succès. Cela a surtout été un entrainement pour les congrès suivants. Le grand moment de tension a été lorsque Mathieu H, qui tenait le bureau de vote à Paris 6 avec Tasnime, Eric et moi, nous a proposé d’ajouter quelques voix à la TMN et à la TTE. A Paris 7, je suis resté abasourdi lorsque le représentant de la TMN, Dominique Sopo, futur président de SOS-racisme, qui devait déjà avoir un âge relativement élevé pour être étudiant, m’a demandé « pour toi, qu’est-ce que le trotskisme ? ». Toc-Toc, un camarade de Nancy, lui a répondu « le trotskisme, c’est la continuité de Lénine, l’analyse de l’URSS… », etc. tandis que Sopo se moquait de notre inculture, de notre manque de formation.
A Paris 10, la bataille a été plus importante, mais nous étions sûrs d’être battus, étant donné le nombre de cartes aux mains de la direction, bien plus important que le nôtre. Notre équipe, plus solide qu’à Jussieu, a pu parasiter plus fortement la TMN, mais sans obtenir de succès important.

C’est à Nantes que les choses se sont réellement tendues. Gaël s’est rendu sur place pour aider les camarades. Le congrès démarrait dans une ambiance déjà très froide, puisque, parmi les 200 cartes réalisées par les camarades, seules 150 avaient été validées. Il y avait donc dès le début deux listes d’émargement : une réalisée par la TS (ex TEPAS) avec seulement 150 des noms, et une réalisée par nos camarades, avec les 200 noms. Les votes se sont donc déroulés sur les deux listes d’émargement. Les rapports de forces étaient très proches.

Vers la fin des votes, peu avant le recollement et décompte des voix, une bagarre s’engage entre Gaël et Grégory M. pour la possession de la feuille de votes. Chacun tient la feuille par un bout, en tirant juste ce qu’il faut pour l’empêcher de s’échapper sans la déchirer. Grégory M. titille Gaël en lui disant qu’il n’est personne, qu’il n’est pas connu.
Image retirée. Et toi, tu es président de quelle AGE ? répond Gaël, qui a la faculté de faire perdre leurs nerfs à ses adversaires.
Image retirée. Je suis président… de ton cul !
Image retirée. Je vois que tu as un gros problème avec mon anus, mais maintenant, tu vas me rendre cette feuille !

Un peu plus tard, les militants de la TS parviennent à attraper la feuille de vote et s’enfuient avec. Ils sautent dans une voiture qui démarre en trombe. Manuel et Gaël se jettent dans la voiture de Manuel et se lancent à la poursuite de la TS, dans les rues de Nantes. Lors de cette course-poursuite, la TS réalise une trentaine de votes supplémentaires. Pourtant, il ne deveait pas être facile d’inventer une trentaine de signatures différentes dans une voiture qui roule à grande vitesse en ville… Lors du recollement et de l’assemblée générale qui le suit, la TMN soutiendra la TS et ses petites manœuvres, ce qui lui permet de remporter l’AGE.

Les autres congrès se déroulent pour nous plutôt sans histoire, tandis qu’à Lyon, à Nancy et Montpellier, la TMN et la TE s’affrontent à coups de centaines d’adhérents. A Bobigny, Marie-Pierre arrive avec une vingtaine de minutes en retard au bureau de vote, que la TMN lui avait mal indiqué… Pendant ces vingt minutes, trente votes ont été réalisés, probablement inventés par la personne de la TMN qui tenait le bureau de vote, puisque pendant le reste de la journée, il n’y a eu qu’un seul votant.

J’ai été envoyé au congrès de l’AGE de l’Université du Littoral, à Dunkerque. Cette AGE était dirigée par la TUD, qui n’avait aucun militant sur place. Une militante de Lutte ouvrière avait accepté de faire office de présidente d’AGE. Il avait apparemment été convenu entre la direction de la TUD et celle de la TE que cette dernière, qui avait apparemment un militant sur place, reprendrait l’AGE. J’étais donc envoyé sur place pour organiser la perte de l’AGE… Je prenais le train pour Dunkerque à la Gare du Nord. En descendant du train à Dunkerque, je tombais sur Michaël D. et Anaïs, qui devaient se charger de ce congrès pour la TE. En arrivant, Michaël D. me salua et me provoqua en déclarant : « nous avons voyagé en Première ! Qu’est-ce que tu crois, on est des rocardiens ! » En réalité, ils avaient voyagé en deuxième classe comme moi. Nous avons ensuite découvert l’université, sous un temps d’un gris tout à fait pittoresque. Au bord d’une mer grise, dans des bâtiments gris, nous avons cherché le local syndical, une petite cabane grise avec des petites fenêtres. Nous avons passé la journée dans ce local, à nous distraire sur le procès verbal. Il y a eu une trentaine de votants dans la journée. Le procès verbal a donc été fortement utilisé : Michaël D. y inscrivions des commentaires sur chaque événement de la journée : un étudiant qui vient voter, un dessin réalisé par Michaël D., moi qui m’offusque sur le PV de ce détournement du rôle du PV, et lui qui y répond « Antoine, tu me brimes dans mon art ! » Heureusement que les militants de la TE m’ont acheté un sandwich, parce que sinon, j’aurai passé cette journée sans manger. Nous sommes repartis à la nuit tombante, après avoir refermé le bureau de vote.

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