Le congrès de Paris

By Antoine, 29 décembre, 2021

C’était une espèce d’immense délire. Le congrès se déroulait aux Saints Pères, un site de Paris V. Nous entrions d’en un gigantesque hall. Une fois ce hall traversé, on accédait à des marches pour atteindre le grand amphithéâtre. Plusieurs détails rendaient étrange, dès le départ, ce congrès. Les militants de la Majorité nationale se réunissaient entre eux, à huis clos, avant les débats, sans que nous en ayons été informés, sans que nous sachions de quoi ils pouvaient bien discuter. Une manière de cadrer les troupes avant les débats en plénier. D’autre part, tous les militants étaient logés à l’hôtel, même ceux qui habitaient en région parisienne. Une manière d’être sûr que les militants arriveraient tous en même temps, qu’ils ne resteraient pas chez eux. D’autant que les logements étaient gérés plus ou moins par AGE et, en pratique, par tendance. La direction pouvait donc contrôler assez précisément qui était où et à quel moment.

Nous avons été révoltés parce que la direction de l’Unef-ID, étant donné que la direction de l’Unef ne participait pas au congrès, et qu’elle ne pourrait donc pas récupérer le nom déposé « Unef », avait petit à petit transformé le « congrès de réunification » en « congrès de rassemblement initié par l’Unef-ID, le collectif Tous ensemble et des associations », puis « congrès de l’Unef pour le rassemblement » et enfin « congrès de l’Unef-ID pour le rassemblement ». Cela correspondant hélas à la situation juridique, mais nous avons continué à mener la bataille et appelé l’Unef qui sortait de ce congrès « Unef pour le rassemblement », comme structure transitoire avant la réunification complète de juin.

Je ne sais pas combien d’heures j’ai dormi pendant ce congrès, mais cela n’a pas du être beaucoup. Nous avions décidé, pour marquer la force du collectif Tous ensemble, la dynamique que nous portions dans la réunification, d’imprimer un bulletin A3 quotidien. Une partie des articles avaient été écrits à l’avance, pour faciliter la tâche. Pendant les réunions de la tendance, nous formions une équipe de rédaction puis nous filions, en nous arrangeant pour semer les personnes qui n’étaient pas aux JCR, à Rotographie, car nous n’avions pas à l’époque de matériel informatique suffisamment moderne ailleurs réaliser le bulletin. Celui-ci comportait des articles de fond (analyse des réformes, analyse de la politique de la direction de l’Unef-ID, propositions d’orientation, de motions, etc.), des comptes-rendus des débats de la veille, et un encadrement plus amusant. Nous avions ajouté la météo du jour, des plaisanteries, enfin divers éléments pour rendre vivant et attractif notre bulletin. Parmi les premières plaisanterie, un problème de mathématiques : « au congrès de Nantes, sachant que la voiture roulait à 60 km/h et que 30 votes ont été réalisés pendant les 30 minutes de poursuite, à quelle vitesse s’effectuaient les signatures ? ». Nous commencions à réaliser le bulletin après les réunions de tendance du soir, donc vers minuit. Nous travaillions jusqu’à 4 ou 5 heures du matin. Ensuite, nous allions à Jussieu, en voiture. Il fallait faire le mur, rue Cuvier, pour aller à la COOP imprimer le bulletin sur le duplicopieur. Nous arrivions vers 8 heures au congrès, à l’heure nécessaire pour diffuser le bulletin aux congressistes… un peu fatigués.

Nous avons sérieusement animé le congrès avec ce bulletin. Cela a commencé le premier jour, parce que la direction a envoyé le service d’ordre pour nous empêcher de diffuser le bulletin. Nous nous étions postés à l’entrée de l’amphi, et nous distribuions le bulletin comme un journal militant, « demandez le bulletin de la tendance Tous ensemble ! ». Nous nous sommes rapidement retrouvés encerclés par le SO dans le hall, en contact direct. Finalement, nous avons obtenu de pouvoir distribuer le bulletin à l’entrée de l’amphithéâtre. Le premier jour, la direction n’était pas encore habituée et Gaël et moi, qui gardions ensemble le carton de bulletins, nous sommes fait suivre par des membres du SO pendant une bonne partie de l’après-midi.
Le congrès a été très violent avec la direction de l’Unef-ID. Nous bataillions par exemple contre les licences professionnelles, que nous dénoncions comme étant des voies de garage, des diplômes moins qualifiés que les licences classiques. Karel a fait une intervention sur la question et Xavier Vuillaume a répondu en expliquant que devant notre critique, « je ressens un certain mépris de classe ». Ce a quoi nous avons répondu dans notre bulletin du lendemain par une petite annonce « Karel Y. cherche tendance, cause exclusion pour mépris de classe »…

Nous avons mené une bataille, perdue, contre les ECTS, avec de nombreux articles, de nombreuses interventions. La direction, pour nous attaquer, utilisaient grosso modo les arguments qu’utilisera le gouvernement en 2003 pour faire passer le LMD ; elle nous accusait d’être contre l’harmonisation européenne, contre des droits à l’échelle européenne, et expliquait que le plan ECTS n’était que la transformation des UE en crédits européens, avec quelques ambiguïté dangereuses dans le texte, sur lesquelles il faudrait peser.
Nous avons aussi bataillé (à l’époque, la direction de l’Unef avait la même position) pour l’allocation d’autonomie universelle, pas individualisée en fonction des revenus des parents ou de l’étudiant salarié. Jérôme Leclerc s’est lancé dans une explication extrêmement précise, en réalisant un schéma au tableau, qui a suscité l’admiration de tout l’amphithéâtre. Enfin, pour conclure, Gaël a réalisé une de ses grandes interventions, sur la réunification, la démocratie interne, la nécessité de lutter contre les réformes gouvernementales qu’elles soient de gauche ou de droite. Un de ses interventions qui arracheraient des larmes. L’assistance en est restée bouche bée ou a applaudit. Gaël, en revenant, m’a demandé si cela allait. Effectivement, cela allait…

Comme nous avions été très désagréable avec la direction de l’Unef-ID, celle-ci a utilisé les résultats du congrès en notre défaveur pour nous enlever un membre au bureau national par rapport à ce à quoi nous estimions avoir le droit. Cela a occupé une bonne part de nos discussions, car nous estimions que cela déterminait en grande partie notre capacité d’action par la suite. Nous passions des heures dans les couloirs à réfléchir à la meilleure manière d’exercer une pression sur la direction sur ce sujet sans donner l’impression que nous nous battions pour des postes. Nous avons échoué.
Gaël a intégré le BN, en tant que membre de l’Unef, ce qui lui a permis, pour quelques mois, de s’amuser tous les vendredi après-midi…

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