En finir avec la réunification

By Antoine, 29 décembre, 2021

A l’occasion du sommet de Gênes, il a pu montrer ce que signifiait pour nous l’arrivée de révolutionnaires à l’intérieur du bureau national. Il proposa que l’Unef finance des cars pour aller à Gênes. Une réponse très classique fut donnée par la direction :
Image retirée. « Tu sais, nous n’avons pas beaucoup d’argent dans les caisses.
Image retirée. A bon ? Répondit-il. Dans ce cas, il faut qu’on en discute, qu’on regarde les comptes en BN, pour voir ce qu’on peut réduire, ce qui est inutile, et sur quoi on peut utiliser un peu plus d’argent. »

Stupeur générale, ce devait être le premier fou depuis des années à proposer de regarder la comptabilité, qui est la propriété exclusive de la direction de l’Unef…

Quelques semaines plus tard, eut lieu un autre petit événement représentatif de l’ambiance dans l’Unef-ID et l’Unef réunifiée. Une discussion houleuse avait lieu sur la Palestine, comme souvent dans cette période. Comme souvent, les membres de la tendance se faisaient traiter d’antisémites en BN, argument pratique pour la direction car cela lui permettait d’éviter d’argumenter sur sa position, qui consiste à mettre sur un pied d’égalité les Palestiniens et l’Etat d’Israël, les actes de résistance armés des Palestiniens et les interventions de l’armée israélienne. Karel a finit par perdre patience et par demander : « mais Yon, mon nom, vous croyez que c’est de quelle origine ?! C’est juif ! Alors arrêtez de nous traiter d’antisémites ! »

Pour reprendre la formule des Guignols de l’Info, « pendant ce temps, à l’Unef »… la situation pourrissait. L’opposition stalinienne nous fustigeaient, en particulier Gaël, en nous accusant d’avoir intégrer l’Unef-ID au congrès de mai. Ils saisirent la commission de contrôle de l’Unef pour demander son exclusion. La direction de l’Unef-ID reprit notre argumentaire pour le défendre, en décrivant dans une lettre que Gaël faisait partir d’une organisation « en devenir », pas d’une autre structure syndicale. La commission de contrôle, dirigée par le noyau de direction de l’Unef, a évidemment rejeté la proposition d’exclusion. Evidemment, parce que celle-ci pensait avoir encore besoin de nous. En effet, pour mettre en place la réunification, un dernier congrès de l’Unef était prévu, en juin.

Nous avons repris le décompte des adhérents de nos AGE… Nous avons alors supposé qu’avec les 200 adhérents de Nantes, la centaine de Nanterre et de Jussieu, nous représentions la majorité absolue de l’Unef… Mais, naturellement, tout le monde trichait sur le nombre de votants dans les congrès, et aucune vérification n’était possible. St Denis, avec ses 1200 adhérents avaient le droit à une cinquantaine de délégués, ce qui permettait au noyau de direction de l’Unef d’être majoritaire au congrès avec cette seule AGE… pour peu qu’elle parvienne à trouver 50 personnes prêtes à la soutenir pendant deux jours. Cela n’a pas du être facile. Le congrès a été à nouveau une mascarade. Notre seul but était de faire passer la réunification, nous étions fatigués de batailles stériles. Nous avons donc attendu patiemment le moment où aurait lieu ce vote, laissant les autres problèmes passer à côté de nous.

Nous nous sommes fait copieusement insulter par l’opposition stalinienne, qui nous a accusés, la direction et nous, d’avoir vendu l’Unef. Elle a ensuite prétexté que le congrès n’avait pas été convoqué dans les délais (ce qui n’est pas impossible du tout) pour affirmer que le congrès n’était pas valide. Elle a ensuite continué à utiliser le logo Unef et essayé de faire vivre une Unef maintenu, avec un collectif national se réunissant de temps à autre. Mais quelques signatures plus loin, quelques procès et accords avec des directions de facs par la direction de l’Unef-ID plus tard, le problème était réglé…

Nous avons eu deux occasions de rencontrer cette « Unef Résistance syndicale ». La première rencontre eut lieu quelques mois plus tôt, à l’occasion d’une réunion nationale des « AGE refusant la liquidation de l’Unef ». Nous avions nous même une réunion nationale à laquelle nous étions un quarantaine de militants des deux Unef et de Sud, sans doute à l’occasion d’une réunion des JCR. Fatigués des menaces, des insultes proférées par l’opposition stalinienne, nous avons décidé de leur rendre visite. Entrés dans la Sorbonne, nous avons monté les escaliers jusqu’à la salle où se tenait leur réunion. Nous avons ouvert la porte et, nous apercevant qu’ils n’étaient pas très nombreux, une quinzaine tout au plus, nous avons décidé de nous faire discrets pour ne pas alimenter les rumeurs de violences qu’ils faisaient courir à notre égard. Nous ne rentrons qu’à quelques uns, une vingtaine de militants restant à l’extérieur. Mais notre entrée les a tout de même effrayés. Jihad Wachil, Emmanuel Lyasse, Philippe Lieutaud, peureux comme rarement, s’interrompent, Wachil et Lyasse se cachent qui sous les tables, qui au fond de la salle. Nous démarrons notre petit discours menaçant de représailles s’ils continuent à nous insulter. Mais soudain quelqu’un – de l’intérieur ou de l’extérieur ? – bouscule la porte du fond, qui s’ouvre sur la vingtaine de militants qui s’étaient cachés. La panique s’installe chez eux, puisqu’ils pensent que nous sommes venus pour leur régler leur compte. Nous partons quelques minutes plus tard, et nous retrouvons les semaines suivantes inondés de mails dénonçant l’investissement d’une réunion « des AGE refusant la liquidation » par une quarantaine de nervis de la LCR…

La deuxième rencontre, des années plus tard, plus pathétique, a eu lieu à l’occasion d’une réunion nationale des « militants de lutte » proposée par la FSE, à laquelle nous avons participé. On a pu observer les miettes de l’Unef « résistance syndicale », quelques militants de Bordeaux et de Rennes complètement désorientés, sans perspective, refusant même de rentrer à la FSE ou à Sud, qui offrent pourtant ce qui se fait de mieux dans le sectarisme contre l’Unef…

L’Assemblée générale de réunification entre les Unef eut lieu fin juin, quelques semaines avant Gênes. Il s’agit d’une de ces grand-messes, à la Sorbonne, à laquelle nous a habitués la Majorité nationale. Quelques interventions solennelles, d’autres euphoriques, un vote par acclamation, et la réunification était décidée. En échange d’une signature, la direction de l’Unef a obtenu le paiement de ses dettes, des postes au bureau national et à la commission administrative, au sein de la Majorité nationale, et deux AGE (Clermont Ferrand et St Denis). La Majorité nationale en a profité pour augmenter le nombre de ses représentants dans les instances, et la direction de l’Unef n’a pas compris, parce qu’elle n’était pas rodée à ce fonctionnement, qu’elle ne s’assurait aucune stabilité, aucune implantation durable. Ils ont depuis disparu « dans les poubelles de l’histoire ».

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