Le lycée

By Antoine, 29 décembre, 2021

Après le mouvement sur le CIP, plusieurs militants de gauche (de la FIDL, avec Sébastien Pietrasanta, de la JC avec Lionel Citot…) et ma sœur ont créé un journal, Carton rouge, au lycée Renoir d’Asnières. Il s’est construit pour répondre au journal « officiel » du lycée, l’Auguste, qui avait déclaré que les jeunes étaient allés manifester pour sécher les cours. Ce journal a été le centre de l’activité militante du lycée pendant plusieurs années. En arrivant au lycée, en 1994, je rejoignis l’équipe de Carton rouge. Sébastien était un des piliers du journal, son rédacteur en chef, mais développait une orientation politique très… mesurée. En 1995, il avait appelé à voter pour Jospin dans l’éditorial et nous grincions des dents. Lionel était probablement une caricature du jeune communiste : cheveux longs, jean troué, barbiche et petites lunettes (on aurait dit Trotsky !), il pouvait parler de la révolution, du Che, critiquer vertement le PS, tout en étant persuadé que si Robert Hue était élu, cela changerait la France. Il était notre principal allié, par son volontarisme, sa combativité, son charisme.

A la rentrée 95, nous avons été en difficulté suite au départ des anciens (Sébastien, ma sœur, Pauline Lemaire…) et avons du reconstruire. Avec Lionel, puis Mirabelle Rousseau (exclue du lycée Racine de Paris et échangée contre une autre élève), Astrid Montrozier, Emilie, (…) nous avons relancé Carton rouge. Un succès en demi teinte : nous nous étions débrouillés pour faire imprimer gratuitement le journal, ce qui nous permettait d’en vendre plus de 100 numéros à 1 F au foyer, mais nous ne sommes pas parvenus à assurer une sortie régulière du journal. Je me consacrais au maquettage et à des articles difficiles politiquement, je participais à organiser la diffusion, par le foyer et la vente militante. Nous parvenions à faire un journal complet, avec une rubrique culturelle dans lesquels les films de Ken Loach avaient une place importante… Ce journal nous a conduit à des conflits avec l’administration, en particulier suite à un article de Mirabelle sur les caméras dans le lycée. L’administration a alors décidé d’arrêter de nous aider… elle qui ne nous avait jamais aidé. Cela a peut-être empêché que nous prenions une place plus importante et devenions le journal officiel du lycée. Je me souviens d’une curieuse visite d’une salle au lycée, dans laquelle il y avait le matériel qui permettait de sortir l’Auguste, que nous devions récupérer, mais que nous étions incapables de faire fonctionner.

Le journal a été le centre de la contestation en 1995 pendant les grèves. A 10h, Lionel monta sur une caisse pour haranguer les foules. Nous sommes allés à une manifestation à Paris. A la gare d’Asnières, nous avons essayer de rencontrer, en vain, les cheminots pour pouvoir prendre le train, et avons fini par partir à pied. Cinq heures plus tard, réduits de moitiés, nous sommes arrivés à la fin de la manifestation aux Invalides. En plein hiver, nous nous reposions sur la pelouse. Le retour a été plus douloureux, sous la neige. Avec Astrid et Emilie, nous tentions de rejoindre mon père à la Porte de Clichy. Nous remontions donc à pied. Nous nous sommes arrêtés, transis de froid, dans la voiture d’une femme. Puis, réchauffés, nous sommes repartis : « désolés de vous laisser, mais nous sommes pressés »…

L’atelier théâtre était lui aussi un centre de discussion dans le lycée. S’y retrouvaient la majorité des rédacteurs de Carton rouge et une bonne partie des lycéens les plus ouverts. Pendant les répétitions, nous discutions des heures et des heures de théâtre, des cours et de politique.

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