Les JCR

By Antoine, 29 décembre, 2021

Dans le même temps, nous reconstituions pour la deuxième fois le cercle Argenteuil des JCR. Une première tentative avait été faite par Alice, Omar, Mourad et Fred. Ma sœur m’a un jour demandé, avant que j’intègre, si j’étais sûr de vouloir intégrer, si j’étais sûr de ne pas faire cela pour imiter mes parents. J’avais déjà envisagé le problème et j’y avais répondu. Je participais à la fin de la vie de ce cercle, dans lequel nous ont rejoins Marion et Sylvain. Nous avons été abandonnés par les vieux et le cercle a disparu, ma sœur continuant à militer à Jussieu.

Elle me racontait son activité, en particulier pendant le mouvement de 1995, tout ce qu’elle ne comprenait pas, son début d’activité dans l’Unef (dite UNEF-SE), l’attaque de la coordination étudiante par les autonomes et comment des militants des JCR l’avaient fait sortir de justesse en la tirant par le bras.

Notre activité tournait au départ autour des sans-papiers, de l’Algérie (mes parents participaient à des collectifs sur ces sujets), le FN (ma sœur et quelques autres participaient à Ras l’Front). Nous avons en particulier organisé avec la LCR une réunion publique sur l’Algérie, qui fut un succès. Les sans-papiers faisaient partie de notre quotidien : réunions multiples, manifestations, rendez-vous à la Mairie, à la Préfecture, appels à la maison (« Je voud’ais pa’ler à monsieur ’obert »).

Alice a ramené de Jussieu et à la maison Boubou, ancien militant du PCF puis du Scalp, de 10 ans notre aîné. Sous son impulsion, le cercle des JCR a changé de visage. Nous avons développé une activité régulière sur les quatre lycées d’Argenteuil (Georges Bracque, Romain Rolland, Fernand Léger, le lycée bleu), de Sartrouville, de Carrières, et bien sûr d’Asnières. Avec Nestor Darouen, arrivé tout droit de Rouen, ils ont organisé la sortie d’un bulletin Jeune travailleur, sur son CFA puis tous les CFA de l’Aforp de la région parisienne. Des topos politiques étaient préparés à pratiquement tous les cercles. Nous avons été rejoints par Juliette, Alexandra, Xavier (futur porte parole des mouvements sur le CPE et contre la LRU), Maxime, Emmanuelle. Celle-ci, voyant La rougeole, a lu le sous-titre « Jeunesses communistes révolutionnaires » et dit : « communistes, révolutionnaires, super, je veux adhérer ! ».

Période sérieuse, constructive, riche de discussions et de formations, mais très difficile. Entre 1995 et 1998, nous avons construit à contre courant. C’est cette période qui fit dire à Alice « militer entre les mobilisations, bien sûr que c’est chiant ! ». Ce fut pour moi l’apprentissage de la construction sérieuse et lente, de la patience. Nous avons distribué des tracts tous les mois sur les lycées d’Argenteuil (tracts spécifiques, car nous n’utilisions pas les tracts des JCR de la région parisienne, que nous ne jugions pas adaptés car écrits par les militants des JCR qui étaient dans les lycées parisiens et les classes préparatoires) pendant quatre ans sans avoir le moindre retour.

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