La reconstruction

By Antoine, 29 décembre, 2021

Sur Paris, notre tâche était immense. Il s’agissait de tout construire, ou tout reconstruire. Les assemblées générales de la région parisienne regroupaient une vingtaine de militants, pour la plupart membres des instances de direction. A plusieurs reprises, nous nous sommes retrouvés entre cinq et dix pour des formations centrales. Catherine Samary, que nous avions fait venir spécialement, a un jour faire son introduction devant cinq militants. Nous avons pourtant construit patiemment, avec sérieux et ambition. Je m’occupais avec Jean-Robin de la commission lycéenne, que nous réunissions tous les quinze jours, avec une introduction politique, et deux ou trois lycéens, dans notre local rue de Romainville. C’était à peu près le désert complet, nous tentions d’accrocher des lycéens avec ces topos, des Rougeole mensuelles, une campagne d’un mois avec une Rougeole par semaine et une réunion à la clé à laquelle il n’y eut pas 10 personnes. Nous nous apercevions que nos contacts n’étaient pas de futurs militants, mais cela nous permettait de garder un œil à l’intérieur de lycées. Après qu’Alice se soit occupée de la commission lycéenne, elle avait été gérée uniquement par des lycées… et c’était rapidement écroulée, les lycéens ne pouvait assurer la solidité d’une telle structure, en raison de leur faible formation, de leur manque d’expérience et de temps. Il fallu donc tout reconstruire, ce qui ne fut pas une franc succès mais permit d’avoir une structure qui perdurait, avec des habitudes, des contacts, une légitimité.

Comme tous les deux ans, les JCR n’avaient plus de militants à Tolbiac. En effet, les militants des JCR de Paris 1 allant à la Sorbonne en licence, le cercle Tolbiac s’écroulait régulièrement. Nous avons donc tenté de reconstruire, en organisant un meeting avec Alain Krivine. Nous avons donc diffusé des tracts pendant une dizaine de jours, les militants du Bureau de ville avec l’aide d’Olivier (dernier militant de Tolbiac) et quelques autres. L’administration refaisait de nous fournir un amphithéâtre et j’ai donc du, avec un autre camarade, assister à un cours d’informatique (je pris des notes sur le fonctionnement du réseau des universités parisiennes…) pour empêcher les vigiles de fermer la salle. Notre meeting a été un tout petit succès, avec une quarantaine de personnes, quelques contacts, mais toujours rien de solide.
Nous avons systématisé ce genre d’initiatives, espérant que si nous continuions à hurler nos idées, quelqu’un finirait par les entendre. Ce ne fut pas un grand succès, preuve qu’il est nécessaire de présenter ses idées, mais aussi d’aller chercher les masses là où elles sont, c’est-à-dire beaucoup plus loin…

Dans le même esprit, pendant la campagne des élections européennes, entre deux manifestations contre l’intervention de l’OTAN en Serbie (avec des nationalistes serbes…), nous avons organisé un meeting à l’université de Marne-la-Vallée. Un grand moment, qui nous a fait découvrit les inventions des administrations pour empêcher les étudiants de militer. Un succès limité à nouveau, puisque nous nous sommes retrouvés à une quinzaine, donc deux ou trois personnes que nous ne connaissions pas.

A Argenteuil, nous avons continué notre petit bonhomme de chemin. En 1998, nous avons organisé un meeting sur les 30 ans de Mai 68, qui a regroupé une quarantaine de personnes, ce qui représentait un succès pour l’époque. Mais je me détachais de plus en plus de cette activité en banlieue, que conservaient Alice et Boubou, pour me concentrer sur Paris, malgré leurs critiques acerbes, parce que cela me permettait de militer sans eux, de faire mes propres choix et expériences.

J’ai vécu une expérience douloureuse avec l’intégration de Voix des Travailleurs à la LCR. Des discussions se déroulaient au niveau national, dans lesquelles nous défendions l’importance d’intégrer ces militants aux JCR et à la LCR, la direction des JCR se trouvant très réticente parce qu’elle estimait que cela freinerait leur projet de parti large « non délimité stratégiquement ». J’ai été chargé de suivre les discussions parisiennes avec VDT. Nous avions déjà eu le droit, pendant le congrès des JCR, à une intervention de Klebert, un jeune militant de VDT de Paris, se réclamant de « nous, la classe ouvrière », ce qui était un peu original pour un lycée du centre de Paris, à qui ses parents payaient déjà un appartement à au métro Arts et Métiers. Optimiste, je me rendais à une réunion dans un café pour rencontrer les militants. Je me retrouvais au milieu d’une dizaine de militants, dont ce Klébert et un Thomas, qui, à moitié ricanant, faisaient la liste des erreurs de la LCR pendant les 30 dernières années et expliquait que la LCR était, comme Lutte ouvrière, une organisation centriste. Ce Thomas, de son propre aveu, avait quitté la Ligue trotskiste de France car il trouvait problématique qu’il s’y trouve un gourou. Je me retrouvais complètement débordé et incapable de répondre à un tel niveau de précision sur des sujets sur lesquels je n’avais pas une formation suffisante, voire des critiques moi-même sur l’orientation de la LCR.
Nous n’avons sauvé que Jori et Arthur, les vaillants militants du Mouvement socialiste révolutionnaire de Carnot (MSRC), qui étaient suivis par Arsène, futur militant de la LCR à Argenteuil puis Cergy. D’ailleurs, ceux-ci n’avaient pas de liens avec Thomas, Klébert et leurs camarades. Ces derniers ont à nouveau scissionné puis créé un groupe que nous avons retrouvé bien plus tard, l’ARS et son journal Combat.

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